LA "GRANDE FOUILLE" : 1893-1902

Si les premières fouilles eurent lieu dès 1840, c'est l'accord signé, après de longues discussions, entre les gouvernements grec et français qui permit le déplacement du village de Castri (ou Kastri), installé sur le site antique, et par conséquent le dégagement des ruines situées sous les constructions modernes.

L'accord stipulait que le site fouillé devrait être remis aux autorités grecques dix ans après le début des fouilles, soit en 1902.

Ce délai extrêmement court, vu l'ampleur des travaux préalables et la déclivité du terrain, fut tenu au prix d'une fouille menée tambour battant, avec des moyens techniques puissants. La fouille était confiée à des techniciens et les conditions actuelles d'une fouille n'étaient évidemment pas respectées.

L'objectif était de trouver des œuvres d'art spectaculaires, un maximum d'inscriptions et retrouver le fameux adyton, lieu où prédisait Apollon par l'entremise de la Pythie.

La fouille apporta à la fois son lot de déceptions et de bonnes surprises inattendues.

L'état ravagé du temple était l'une de ces déceptions, la découverte des frises de Siphnos ou celle de l'aurige, deux chefs d’œuvre de l'art archaïque et classique grec, mirent du baume au cœur des fouilleurs.

La fouille eut la chance d’être documentée par de nombreuses photographies de grande qualité qui constituent une source d'information inégalée sur l'état des vestiges au moment de leur découverte (archives de l’École française d’Athènes).

L'architecte Albert Tournaire effectua également des relevés très précis qui continuent à être exploités pour comprendre les ruines.

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Plan du village avant les fouilles avec indication de l'étendue du sanctuaire (A. Tournaire, d’après plan H. Convert)

Le village occupait grosso modo l'emplacement du sanctuaire. La ville antique qui l'entourait n'a pas été fouillée, à l'exception de quelques endroits qui ont attiré l'attention des archéologues (Thermes de l'Est, nécropoles Ouest, ...)

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La première tâche de l'ingénieur Convert fut de réaliser un réseau de voies Decauville destiné à acheminer les déblais de la fouille hors du site. Plusieurs voies s'échelonnaient le long de la pente, menant du village en cours de destruction, aux zones naturelles à l'Est et surtout à l'Ouest du sanctuaire.

La photo ci-dessus montre le tout début des travaux (1893), en contrebas du trésor des Athéniens, non encore dégagé. On distingue le mur polygonal en haut à droite.

Les wagonnets déposaient les blocs le long de la voie, créant des dépôts qui existent toujours, et la terre était déversé plus loin, grâce à une glissières que l'on voit ci-dessous.

Les wagonnets étaient tirés par des chevaux; certains de ces wagonnets ont survécu (à droite)

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"75 wagonnets, remontés par 9 a 10 chevaux, fonctionnèrent sur 4 km de voies; l'atelier de fer employait un mécanicien, un forgeron et son aide. Il y avait aussi un atelier de charpenterie. Cette année-là, on transporta aux différentes décharges 115.748 wagonnets. A la fin de 1896, c'est un total de 386.561 wagonnets qui a été comptabilisé depuis 1892, représentant 193.280 m3 de terres (le cubage pouvait atteindre 400 m3 par jour)."

Marie-Christine Hellmann

Delphes, aux sources d'Apollon

EFA 1992.

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Les fouilles débutent par la partie basse, le "carrefour des trésors", pour d'une part remonter progressivement vers la zone déjà fouillée du portique des Athéniens, d'autre part descendre la "voie sacrée" vers l'entrée principale du site.

La majeure partie du village est encore debout, et certains habitants rechignent à déménager dans le nouveau village construit à l'Ouest.

La plupart des maisons ont été construites avec les débris des monuments antiques. Les pierres les plus importantes sont récupérées, les autres partent vers les zones de déblais, dans lesquelles on a retrouvé par la suite des pièces intéressantes qui avaient échappé à la vigilance des fouilleurs.

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1896
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Certaines maisons sont épargnées durant les fouilles, utilisées par les fouilleurs ou les techniciens (forge).

Le site est un immense amas de pierre, de terre, et d'objets plus ou moins de valeur.

Les fouilleurs ont en tête la description de Pausanias pour tenter de s'y retrouver dans ce gigantesque pierrier.

Ci-dessous, la fouille a atteint l'entrée sud-est du site. On voit qu'il est difficile de savoir où se trouve la limite entre les ruines antiques et les constructions du village qui, souvent s'appuient directement sur les vestiges.

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Plus haut, les fouilles progressent le long de la voie dallée, qu'on appelle "sacrée", et dont on ne sait pas encore qu'elle date de la période chrétienne. La prise en compte de son tracé sera source de difficultés dans l'interprétation de la description du site par Pausanias.

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Les maisons de Castri, dont beaucoup avaient été reconstruites à la suite du tremblement de terre de 1878, s'alignent encore fièrement le long de la pente.

La fouille fait travailler parfois des centaines d'ouvriers, mais, souvent, les conditions météorologiques obligent les responsables à suspendre les travaux.

Le "Cahier des fouilles", tenu par des archéologues qui se relaient tout au long de l'année, décrit succinctement les opérations, mais consigne le lieu de trouvaille des objets importants qui reçoivent un numéro d'inventaire, très utile pour retrouver leur origine.

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Sur cette photo spectaculaire, on constate que les fouilleurs sont arrivés au niveau de la terrasse du temple, en contrebas de la partie encore non détruite du village.

Sur cette terrasse ils feront une abondante récolte de sculptures, provenant soit du temple, soit de monuments situés plus haut mais non encore dégagés (par exemple la colonne d'acanthe).

On mesure également la quantité énorme de terres qu'il a fallu dégager, pour tenir les délais, et qui contenait sans doute de nombreuses informations qui manquent aujourd'hui.

On voit l'abside de l'église Saint-Nicolas (vue rapprochée sur la photo ci-contre) dont on voulait, au nom du principe de la continuité des cultes, qu'elle ait été érigée sur un lieu de culte antique (Poséidon). La photo montre également, à gauche, quelques colonnes du temple en phase d'effondrement, ce qui pose des problèmes pour l'histoire du sanctuaire après l'interdiction du paganisme.

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Cette vue, prise de l'Est vers le temple, montre l'amoncellement des offrandes dans cette zone, nommée dans les inscriptions, "la zone la plus en vue". Au premier plan, la fondation du pilier des Rhodiens, plus loin l'autel non encore reconstruit, enfin la plateforme du temple, posée au-dessus d'un puissant massif de fondations, spectaculaire mais invisible dans l'antiquité.

Les clichés, sur plaque de verre, sont d'une incroyable netteté.

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La voie Decauville passait entre la rampe du temple (a gauche) et l'autel. Le terrain naturel étant composée de terres ayant glissé pendant des millénaires depuis le haut du terrain (phénomène qui perdure malgré les digues), les fondations des monuments, toutes solides qu'elles soient, se sont disloquées au fil du temps.

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Nous nous trouvons ici du coté ouest du sanctuaire, sous le bastion du trésor SD 428. Des archéologues sont probablement en train de copier des inscriptions, tandis que l'on reconnait au premier plan l'inscription (aujourd'hui au musée) par laquelle le général romain Aemilius Paulus déclare qu'il s'est saisi - après sa victoire à Pydna - du pilier érigé par le roi de Macédoine Persée.

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Sur cette vue, on voit au premier plan les vestiges de l'autel offert par les habitants de l'ile de Chios.

Le long de cette plateforme se trouvent les tambours de colonne du monument à double colonne du stratège étolien Charixénos, peut-être le mieux conservé de Delphes en terme de pourcentage de blocs retrouvés, mais dont malheureusement la fondation n'a pas été identifiée.