Tholos (SD 40)

Tholos before anastylosis (1900-1938)

Anastylosis (1938)

     Le monument circulaire, que l'on désigne par son nom antique de Tholos, a été partiellement reconstruit en 1938, ce qui met en évidence sa forme exceptionnelle. Sa singularité se remarque aussi dans la richesse du décor et dans la finesse de l'exécution, même si l'état de conservation est inégal. Vers 380-370.

    Sur une fondation en tuf qui, par exception est pleine, l'euthyntéria en calcaire de Saint-Elie amorce un système d'une grande régularité et d'un travail très précis. L'élévation, en marbre pentélique, était généralement scellée par des crampons en Pi, plus épais que larges, et par des goujons. La krépis est à trois degrés, composés chacun de 40 blocs égaux et soulignés d'une ciselure continue, simple pour les deux premiers, double pour le stylobate. Les dalles de ce dernier, comme celles du péristyle qu'il enveloppe, ont une découpe parfaitement rayonnante. Le diamètre à ce niveau est de 13,50 m.

     Une dalle sur deux portait en son milieu une des 20 colonnes doriques, assujettie par un tenon et faiblement penchée vers l'intérieur. Les chapiteaux sont relativement ramassés, avec un profil plus tendu qu'au Trésor dorique, mais surtout les colonnes sont très élancées, leur hauteur de 5,93 m. contenant 6,82 fois leur diamètre iinférieur. Cette maigreur est en partie compensée par une diminution de l'espacement qui atténue le porte-à-faux de l'épistyle entre deux colonnes, inévitable dans ce type de plan : de centre à centre, e./d.i. = 2,21. L'entablement est en proportion plus léger que de coutume, sa hauteur n'égalant que 24% de celle de la colonne. La forme circulaire a permis une parfaite harmonie entre le rythme de la colonnade et celui de la frise, à raison de deux métopes par baie.

Le péristyle était couvert d'un très beau plafond de marbre à caissons creux dont les contours en faux losanges étaient commandés par le caractère rayonnant du système. A part ce détail, tous les éléments paraissent mesurés selon une loi modulaire très stricte. Le mur du sékos, qui par exception paraît naître d'une moulure décorative, était fait de parpaings sur socle d'orthostates et couronné lui aussi d'un entablement dorique à 40 métopes, plus petites que celles de la façade extérieure. Une large porte, dont les montants devaient être en bois précieux, s'ouvrait en face d'un entre-colonnement, au Sud, selon l'orientation des Trésors.

            L'intérieur était composé d’une seule pièce. Autour d'une dalle centrale de marbre blanc, le sol était en calcaire bleu sombre. Il était lui-même entouré d'un socle en marbre bleuté qui portait des colonnes en marbre blanc, d'ordre corinthien, presque tangentes au mur (on en voyait 17 cannelures sur 20). Bien que les chapiteaux soient très ruinés, on a pu restituer un dispositif symétrique à volutes très hautes sortant de deux calices bas de feuilles d'acanthes. 

The partial anastylosis of the Tholos (1938)

L’intérieur

                    

     Nous avons vu que le plan du péristyle dorique n’était pas douteux. Mais les blocs du mur du sékos, en mauvais état du côté intérieur, et ceux de la banquette-stylobate donnent trop peu d’indications pour permettre une restitution de la colonnade corinthienne. Celle que l’architecte danois K. Gottlob avait proposée en 1925 était peu vraisemblable : toute correspondance entre ses 10 colonnes et les 20 de l’extérieur était impossible en raison de la trop grande largeur de la porte.

     En 1995-1996, l’utilisation de la CAO par le mécénat d’Electricité de France nous a permis de tester différentes hypothèses concernant la colonnade intérieure.

        Comme les deux pilastres portaient le linteau de la porte, c’est à ce niveau qu’il convenait de mettre l’architrave de la colonnade, ce qui a donné aux colonnes corinthiennes un rapport h./d.i. normal et a conduit à restituer par-dessus un étage de colonnettes. Nous restituons celles-ci d'ordre ionique, comme à Némée, en utilisant un lot de petits chapiteaux fragmentaires de cet ordre qui se trouve au Musée.

Two watercolours of Kaj Gottlob (1960)

Views of the Computer-aided 3D model of the tholos (EDF/EFA/CRAI 1996)

Il a fallu attendre la synthèse publiée par Fl. Seiler en 1986 sur les tholoi pour avoir un dessin d’élévation de l’ensemble avec la bonne hauteur du péristyle. Le toit n’y a qu’un chéneau mais, dans le même livre, une coupe restituée présente les deux chéneaux superposés, pour illustrer une thèse présentée en 1952 par G. Roux.

 

Les chéneaux et les toits

 

Les deux séries de chéneaux, que G. Roux avait voulu assoscier sur la même toiture proviennent en réalité de deux toitures successives. La première série, plus fine, n’a pas dû rester très longtemps en place, si on en juge par l’état de surface du marbre. La seconde, beaucoup mieux conservée proportionnellement, montre en revanche une exposition prolongée aux intempéries. On peut conclure que deux couvertures se sont succédées, la première sur un schéma octogonal dont plusieurs fragments de tuiles en marbres sont conservés, de la seconde nous n’avons que que le chéneau, ce qui laisse penser que les tuiles étaient en terre cuite.

La géométrie des tuiles de la première toiture semble indiquer un profil qui se relève, comme celui de nombreuses autre tholos connues (Limyra, Messène, peintures murales italiennes).

Tholos fragments displayed in the museum

La destination

 

La destination de la Tholos est très controversée. Nous pensons qu’elle était le naos que Pausanias a vu en ruines. Parmi les hypothèses avancées, écartons d'abord celle d'un odéon, qui est de pure invention, celle d'un hérôon et celle du Prytanée, qui ne conviennent pas aux données topographiques. Restent au moins celle d'un temple et celle d'une hoplothèque.

-1. Un temple pourrait être un de ceux dont Plutarque évoque la reconstruction : il aurait appartenu à Artémis pour Bousquet, ou à Athéna pour Roux. Ou, au contraire, il aurait été élevé par les Thouriens en l’honneur de Borée, le vent du Nord qui avait dispersé leurs adversaires syracusains en 379, selon une hypothèse exposée par D. Laroche

-2. Quant à l'hoplothèque à Pronaia (Lerat), son existence est attestée à l'occasion d'une réparation mentionnée dans une inscription du IIIe s. av. J.-C. ; son nom indique qu'on y entreposait des armes, hopla, et plus précisément une panoplie rituellement offerte à Athéna. Il reste cependant que nous ne connaissons peut-être pas la totalité du sanctuaire d'Athéna et que ladite hoplothèque pourrait s'être trouvée en amont de l'analemma Nord selon une suggestion de G. Roux (1989) : la question reste donc ouverte.

L’extérieur

                    

L’élévation restituée par l’architecte allemand U. Wenzel, que H. Pomtow a publiée en 1912, comportait des colonnes doriques basses, à 4 tambours, et un lanterneau, donc une toiture à deux étages (dont le plus haut était soutenu par une coupole !) en utilisant les deux types de chéneaux connus.

La restitution de K. Gottlob ( 1925 ) avait les mêmes colonnes doriques, mais ne comportait que quelques pointillés pour suggérer la forme d’un toit conique à chéneau unique. L’anastylose de 1938 a fait, à l'époque, l'objet d'une chronique et d'un article, mais le seul dessin publié était celui d'une coupe partielle du péristyle avec la colonne dorique qui comportait désormais 5 tambours. Autrement dit, le problème des colonnes intérieures et celui de la toiture n'étaient pas traités.

General views of the Tholos in its present state

La sculpture.

 

Les tuiles de la partie supérieure du toit imposent de restituer une pièce faîtière d'un diamètre supérieur à un mètre, sur laquelle figurait probablement un fleuron. À une hauteur moindre, il devait y avoir huit statues acrotères, dont certaines sont connues de manière fragmentaire. Plus bas, les deux chéneaux étaient sculptés d'un beau rinceau d'acanthe sur fond plat entre des gargouilles léonines. Plusieurs de ces pièces - acrotères, chéneaux et gargouilles - sont visibles au Musée avec un choix des débris des 80 métopes (amazonomachie et centauromachie en relief très détaché du fond).

L'architecte.

 

Bien que le bâtiment ait eu des prédécesseurs comme la Tholos sicyonienne archaïque, l'architecte était ici un novateur. D'après Vitruve, il avait écrit un livre sur son oeuvre et son nom était Theodorus Phocaeus, c.-à-d. Théodore de Phocée en Asie Mineure ( en grec Théodôros Phokaieus ). On a supposé une confusion du nom avec Théodotos (architecte connu à Epidaure), ou de l’ajectif avec Phokeus (de Phocide). Quoi qu'il en soit, l'édifice paraît marqué par des traditions athéniennes.

Site d'informations sur Delphes, créé par Didier Laroche

 

Email: Didier.Laroche@wanadoo.fr                Tel: 06 85 53 95 53

 

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tholos vue de l'ouest